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Du jeu dans la gâchette Imprimer Envoyer

    AFFICHEPolarEnMars

 

      C'est toujours pareil avec les archétypes, aucune surprise. Surtout dans les romans policiers. Le poker, le whisky, les petites pépées. Les déguisements pour cambrioler les banques. Le partage du casse en parts égales autour d'une table ronde. Alors qu'il y a tant d'autres amusements possibles ! La marelle, le « loup caché », la corde, le « ballon prisonnier », la « main froide » ou même « le gendarme et les voleurs »...


« Un lustre répandait sa lumière au-dessus d’une table de chêne ovale ; cinq types y étaient installés. Il ne fallut qu’un instant à Parker pour comprendre à quoi ils s’occupaient ; ils jouaient. Au Monopoly. Et pour de bon. A un cent le dollar. Parker les examina et identifia immédiatement Bronson à son air de nabab irritable et trop bien nourri. Les quatre autres zèbres avaient tous cet air de férocité impassible qui caractérise les boxeurs, les briseurs de grève et les gorilles. En l’occurrence, c’étaient des gorilles. Tandis que Parker les observait, Bronson acheta Madison Square Garden. »


    Voilà ce qu'on lit dans le n°870 de la Série Noire sous la plume alerte de Richard Stark (alias ce satané coquin de Donald Westlake), La clique (« The Outfit »), paru chez Gallimard en 1964, qu'on trouve assez facilement si d'aventure on arrive à l'arracher à la main encore chaude d'un brocanteur moribond qu'on vient d'achever à coups de browning. C'est dingue comme ces gars sont repliés sur eux-mêmes, jamais prêteurs, même pour une chronique anodine. Je le sais, je razzie toujours en premier le rayon policier, mais même les médiathèques pilonnent les chefs-d’œuvre obscurs, les balançant avec la lune dans le caniveau. Des tas de bouquins essentiels disparaissent.
    C'est pas du jeu.


    Alors qu'une bonne partie de dames entre gardien et gangster, ça, ça augure d'un bon cru, comme dans Crimes sans importance de Dave Zeltserman, publié chez Rivages/thriller en 2011 : « Ce devait être notre dernière partie de dames. Nous jouions habituellement dans ma cellule, mais, à titre exceptionnel, nous disputâmes cette ultime partie dans le bureau de Morris. (…) Je passai quelques secondes à examiner le damier. Je m’aperçus que je pouvais forcer le gain d’un pion et gagner à coup sûr, mais que je pouvais aussi me mettre en position d’être sauté trois fois. »


    Non, c'est vrai, quoi, on peut jouer à des tas de choses dans le polar. Tiens, prenez Moses Wines dans Le grand soir (« The big fix », 1973, ) de Roger L. Simon ! En voilà un qui s'est s'amuser tout seul, la preuve : « J'étais chez moi et je jouais au Cluedo, le jeu du détective, essayant de trouver l'inspiration dans ma vieille pipe à hasch. Le jeton était sur la case bureau. Je lançai les dés et avançai de cinq cases : la salle à manger. Je me radossai pour étudier les diverses hypothèses. Le docteur Olive s'était disculpé et le professeur Violet avait un alibi en béton. Il avait passé l'après-midi entier dans la serre en compagnie de Mlle Rose. Et il ne faisait aucun doute que Mme Leblanc ne s'ôterait pas la vie de ses propres mains. Restaient donc le colonel Moutarde ou Mme Pervenche. Mais lequel des deux ? Lequel ? Je tirai sur ma pipe et fis rouler les dés. Quatre. Fantastique ! J'allais atterrir droit dans le hall pour y résoudre cette affaire. » .  


    Ah, qui inventera un braquage de banque fantasque et ludique ? Qui fera enfin du houla-up en plein hold-up ? Des échecs en chipant des chèques ? Des mots croisés derrière les barreaux ?