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Irène et Ludivine Imprimer Envoyer

sapin Chaque Noël autour de la table du réveillon, c'est la pagaille généralisée, l'hallali, tout le monde veut catapulter sa blagounette dans l'oreille du voisin d'en face, on ne s'entend plus du tout chipoter sur l'éternelle dinde aux marrons. Dans ces moments-là, moi, je suis désolé de vous l'avouer, mais ça me coupe tous mes moyens. La panne, quoi. Rien, aucune saillie, pas la moindre répartie, je me sens sec comme un vieux bout de gruyère au lait cru oublié dans le frigidaire. Voilà pourquoi, chaque année, je me cantonne à retenir sans succès les histoires des uns et des autres, les zygomatiques crispés par ma propre ignorance burlesque.

 Affligeant.

 Pour pallier mon manque de culture en la matière, j'ai déniché cette année dans les rayons de ma médiathèque préférée

(808.87 FOU) l'ironique, le pertinent, le mordant, l'indispensable Guide des histoires pas drôles de Jean-Charles Fouette aux éditions MOULE À GAUFRES (Paris, 2007). J'affectionne tout particulièrement celle-ci, je vous la lis : « C'est l'histoire d'un fou qui repeint son plancher. Un autre fou arrive et lui dit : « Je peux t'emprunter ton échelle ? » ».

 Savoureux, efficace, un must.

 J'aime aussi beaucoup celle-là, je l'ai apprise par cœur :

 « Un poissonnier et un boucher discutent devant leurs boutiques.

* Moi, déclare le poissonnier, ça fait trente ans que je mange du poisson tous les jours. Résultat, je suis frais comme un gardon !

* Moi pareil, répond le boucher, ça fait trente ans que je mange du poulet tous les jours, eh bien je n'ai jamais eu une seule contravention. »


 Ah, ça, Jean-Charles Fouette, c'est un génie du calembour, un maestro de la répartie, un Himalaya de liesse à lui tout seul. Y'a pas besoin de jeter une brique dans le potage pour s'en convaincre. Tiens, par exemple, celle du Français, de l'Américain et du Belge qui doivent partager la dernière frite du cornet en trois, vous la connaissez ? Ah, bon. Et celle du perroquet bègue et de l'unijambiste ? Aussi ? Je suis sûr que vous n'avez jamais entendu parler de la blague des trois alpinistes coincés sur une corniche en pleine avalanche avec Monica Bellucci, je me trompe ? Si ? Alors, celle du médecin au chevet de son malade à l'article de la mort ! Je vous la fais courte :

* J'ai deux nouvelles pour vous, dit le médecin, une bonne et une mauvaise. Vous voulez laquelle en premier ?

Le malade réfléchit et murmure dans un râle d'agonie :

* La... La bonne...

* La bonne, sourit le médecin, c'est que vous n'allez pas avoir le temps d'entendre la mauvaise.


 Imparable. Non, là, cette année, avec ce bouquin planqué en douce sous mon assiette à fromage, entre la poire blette et la meringue gelée, on va vraiment se ballotter la couenne. Les invités vont se gondoler plus qu'à Venise, c'est certain. Et si par malheur, ça ne suffit pas, il me reste toujours, au rayon « grand classique », les sempiternels « Monsieur et Madame ». Alors, là, succès assuré autour du foie gras aux figues, on peut déjà tartiner le champagne et sabrer le caviar. Qu'est-ce qu'on se bidonne avec les « Monsieur et Madame », c'est pas croyable ! Tenez, j'en ai une, justement, vous allez adorer : « Monsieur et Madame Avectacoupaubol ont un fils. Comment l'appellent-ils ? ». Vous trouvez ? Vraiment pas ? Ben « Athanase », quoi !

 Ah, merci, Jean-Charles Fouette, saint sauveur des repas de réveillon soporifiques, merci, mille fois merci ! Il y a juste une blague que je n'ai pas compris dans votre recueil :  « Monsieur et Madame Enfant ont deux jumelles. Comment s'appellent-elles ? ». J'ai beau essayer tous les prénoms de bibliothécaires connus, ça ne marche pas. C'est vrai aussi qu'il n'y a pas de jumelles dans l'équipe. C'est peut-être ça qui coince ?